
Une cliente commande un sac sur ce qu’elle croit être le site officiel d’une marque française. Elle reçoit une copie grossière, ne parvient jamais à joindre le service client et publie un avis furieux. Le faux site a disparu quelques jours plus tard. La vraie marque, elle, doit gérer la perte de confiance.
Ce scénario se répète chaque jour. Selon les estimations de l’OCDE et de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle, la contrefaçon représente plusieurs centaines de milliards de dollars d’échanges chaque année. Pour une entreprise, le capital de marque est un actif aussi précieux que fragile, et sa protection est désormais une question de sécurité à part entière.
Le capital de marque, un actif invisible
Le capital de marque désigne la valeur que les clients attachent à un nom, un logo, une réputation. C’est ce qui permet de vendre plus cher qu’un produit générique, de fidéliser et de rassurer. Mais cette valeur repose sur la confiance. Chaque contrefaçon, chaque arnaque utilisant le nom de la marque l’entame un peu.
Déposer sa marque, partout où l’on vend
La première protection reste le dépôt. En France, il se fait auprès de l’INPI. Une marque de l’Union européenne couvre tous les États membres. Mais le droit des marques est territorial : sans dépôt en Chine, aux États-Unis ou au Royaume-Uni, la marque n’y est pas protégée. Le système de Madrid permet de désigner de nombreux pays avec une seule demande internationale.
La Chine, un cas particulier
La Chine fonctionne selon le principe du premier déposant. Celui qui dépose la marque en premier en devient titulaire, même s’il ne l’a jamais utilisée. Des déposants opportunistes profitent de cette règle pour enregistrer des marques étrangères connues et les revendre.
Les spécialistes recommandent de déposer aussi une version en caractères chinois, car les consommateurs chinois désignent souvent les marques par leur nom local. Trouver ce nom demande un vrai travail linguistique : il doit sonner juste, porter un sens positif et ne pas être déjà pris. Le recours à un expert en langue chinoise traduction évite les choix malheureux, comme ces noms qui, prononcés à voix haute, évoquent tout autre chose que le luxe ou la qualité.
Surveiller le web en permanence
La contrefaçon s’est largement déplacée en ligne. Marketplaces, réseaux sociaux, publicités sponsorisées et noms de domaine sont les principaux terrains de jeu des fraudeurs. Une veille efficace repose sur plusieurs outils :
- l’inscription aux programmes de protection des marques des grandes plateformes ;
- la surveillance des noms de domaine proches du sien ;
- le repérage des faux comptes et des publicités utilisant le logo ;
- les achats tests pour constituer des preuves ;
- l’archivage systématique des captures d’écran datées.
Agir en justice, en France et ailleurs
Quand la contrefaçon est avérée, l’entreprise peut envoyer une mise en demeure, demander le retrait des annonces, saisir les douanes ou engager une action en justice. À l’international, chaque procédure implique des documents dans la langue du pays et conformes à son droit.
Les contrats de licence, les jugements étrangers, les constats d’huissier ou les rapports d’experts doivent alors être traduits avec une extrême précision. La traduction textes juridiques exige une double compétence, linguistique et juridique, car les notions de contrefaçon, de concurrence déloyale ou de parasitisme ne recouvrent pas exactement les mêmes réalités d’un pays à l’autre.
Devant les juridictions françaises, les pièces rédigées en langue étrangère doivent généralement être accompagnées d’une traduction réalisée par un traducteur assermenté cour d’appel. Sans cette garantie, une preuve pourtant décisive risque d’être écartée.
Les douanes, un allié précieux
Les douanes françaises saisissent chaque année des millions d’articles contrefaisants. Les titulaires de marques peuvent déposer une demande d’intervention qui permet de retenir les marchandises suspectes à la frontière. Fournir aux agents des fiches claires pour distinguer les produits authentiques des copies augmente nettement l’efficacité des contrôles. Une douane bien informée est l’un des meilleurs remparts contre la contrefaçon.
Protéger la marque de l’intérieur
Les menaces ne viennent pas toujours de l’extérieur. Un ancien distributeur qui continue d’utiliser le logo, un sous-traitant qui écoule une surproduction, une fuite de fichiers de conception : ces risques se préviennent par des contrats précis, des audits réguliers et une bonne sécurité informatique.
Restaurer et entretenir la confiance
La protection de la marque passe aussi par la communication. Expliquer aux clients comment reconnaître un produit authentique, publier la liste des revendeurs officiels, réagir rapidement et publiquement en cas d’arnaque : ces gestes rassurent et transforment parfois une crise en démonstration de sérieux.
Les premiers réflexes
- Cartographier les pays de vente, de fabrication et d’expansion.
- Déposer la marque dans chacun, y compris en écriture locale.
- Mettre en place une veille en ligne.
- Déposer des demandes d’intervention douanière.
- Préparer des modèles de mise en demeure traduits.
- Informer les clients sur les signes d’authenticité.
En résumé
Le capital de marque se construit pendant des années et peut s’effriter en quelques semaines. Le protéger demande une stratégie globale, juridique, technique et linguistique. Une marque bien défendue reste avant tout une promesse tenue envers ses clients.








